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4 / L'atelier Techniques de montage des mouches

Plumes et herls: petite revue sans prétentions

 

Dans la série des articles sur le fly tying, après vous avoir parlé des cous de coqs, du dubbing, du CDC et des poils longs utilisés pour le fly tying, il manquait, je trouve, un petit topo sur les herls.

Honnêtement, il me semble difficile d’écrire un article conséquent sur ce matériel. En dehors de quelques utilisations spécifiques (pour les herls de paon, par exemple, qu’ils soient obtenus à partir de rectrices ou de « sabres »), l’utilisation principale du herl est la réalisation des corps des mouches, qu’elles soient des nymphes, des noyées ou des sèches. En effet, une fois enroulés sur la hampe de votre hameçon, la structure des herls simule à merveille la segmentation abdominale du corps des insectes.

L’utilisation accrue des nymphes « plombs » et des perdigons tend cependant à diminuer l’utilisation des herls pour la réalisation des nymphes.

Plumes et herls

Mais avant toute chose, je préfère définir exactement ce qu’est un herl (terme Anglosaxon, et qui s’écrit bien sans « e » final). En effet, dans mon article sur le CDC, je montrais la structure d’une plume (selon Beaumont et Cassier). Selon ces deux auteurs, qui sont (ou qui étaient, je ne sais s'ils sont toujours en vie...) – croyez moi – des références dans leur domaine, une plume est donc constituée du calamus (partie inférieure du rachis, dépourvu de barbes), du rachis, et des barbes qui y sont rattachées. Ces barbes peuvent présenter – ou non – des barbules, ainsi que des barbicelles (qui permettent aux barbes de s’accrocher entre elles). Donc, dans une plume, il n’y a pas de « herl ». Il y a des barbes, qui, s’ils sont utilisés pour monter des moches, se transforment comme par magie en herls…

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Rappel de la structure des plumes: A et B : plumes de contour. A : rémige avec système d’accrochage des barbes sur toute la surface de l’étandard ;: plume de couverture banale : le système d’accrochage n’existe pas sur les barbes situées près du calamus (partie proximale de l’étendard).C : plumule, avec calamus très court.: filoplume, qui est une plume dégénérée, située souvent à la base d’une plume de contour. E : coupe transversale d’une barbe : B – barbe ; Bbc – barbicelle ; Bb. D – barbule distale ; Bb. Pr. – barbule proximale lisse. Légende : B – barbe ; Bb. – barbule ; C – calamus ;  E – étendard ; H – hypoptile ; O.I. – ombilic inférieur ; O.S. – ombilic supérieur ; R ; rachis.

Je vous invite a bien retenir le schéma E, coupe transversale d'une barbe. Comme vous le verrez plus bas dans cet article, cela à une grande importance.

Ainsi que je vous l’écrivais dans l’article susmentionné, il y a donc trois différents types de plumes. Les plumes dites « de contour », qui comprennent les rémiges (plumes de couverture des ailes), rectrices (plumes de couverture de la queue) et tectrices (plumes de couverture dorsales). Ces plumes de contour peuvent présenter un système d’accrochage sur toutes les barbes, ou seulement une partie des barbes. Il y a également les plumules, et les filoplumes, qui ne nous intéressent pas dans le cadre de cet article.

En fly tyng, et pour simuler les corps des insectes, nous utilisons donc les barbes  (herls) des plumes de contour. Les barbes présentant des barbules et barbicelles plus ou moins développés (barbules proximales lisses et barbules distales avec barbicelles), ceci aura une importance dans la simulation de la segmentation d'un corps de mouche fait avec les herls. Nous verrons ce point plus bas dans le texte.

Le herl est donc, selon le Dictionary.com, “a barb of a feather, used especially in dressing anglers' flies.”. En Français, il s’agit donc d’une barbe de plume utilisée spécifiquement pour faire des mouches pour les pêcheurs. Donc, « herl » est le mot Anglais désignant une barbe de plume que l'on va ainsi utiliser.  Le terme « herl » n’a donc aucune racine scientifique, mais n’a qu’une signification purement récréative. Pourquoi donner un nom spécifique aux barbes utilisés dans le fly tying ? Je pense que nos amis Anglosaxons sont les seuls à pouvoir apporter une réponse…

Enfin, le « quill », qui, dans sa traduction signifie « penne » en Français (plume de couverture comportant un rachis et des barbes, qu’elle soit tectrice, rémige ou rectrice) n’est à ma connaissance qu’obtenu à partir de herl de rectrice de paon. En effet, il est difficile, voire impossible, d’obtenir un quill à partir d’un herl prélevé sur une autre espèce d’oiseau. De fait quand nous parlons de quill de paon, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un herl débarrassé de ses barbules/barbicelles.

Utilisation des herls

Donc, maintenant que vous savez exactement ce dont je vous parle, vous prenez votre herl, vous l’enroulez sur la hampe, et vous avez votre corps segmenté (je ne parle pas de l’utilisation des herls pour faire des ailes de mouches – victoriennes par exemple). Et, ôh miracle, votre segmentation est figurée, principalement grâce à deux caractéristiques des herls :

    • Un herl présente souvent une variation de teintes dans sa largeur – en coupe transversale (plus sombre sur sa partie supérieure qu’inférieure);
    • La présence des barbules et barbicelles qui augmente ces variations de teintes et qui sont disposées perpendiculairement au herl lui-même : quand on enroule celui-ci sur la hampe, il est enroulé à plat, les barbules/barbicelles étant alors positionnés perpendiculairement à la hampe.

C’est pour cela que les quills artificiels sont bicolores , de manière à bien accentuer cette spirale simulant la segmentation du corps des insectes. Vous pouvez trouver ces quills synthétiques ici, ou la.

Et la, vous pourrez me dire que tout est dit. Oui …mais non.

Oui, parce qu’une fois que vous avez enroulé votre herl sur la hampe de votre hameçon, tout est effectivement dit.

Non, parce que les plumes de très nombreuses espèces d’oiseaux peuvent être utilisées en fly tying. Donc, je ne vais pas vous montrer X montages différents. Non, je vais plutôt vous montrer toujours la même chose, mais avec les herls de X espèces différentes (rémiges, rectrices et tectrices). Je ne vais même pas vous montrer une mouche. Je vais juste vous montrer un corps de mouche fait avec ces différents herls.

Vous connaissez tous le « substitut de condor », qui est généralement issu de plumes de dindes, et qui sont colorées (teintes). Vous connaissez tous le herl de paon, ou bien le quill de paon (le quill n’est autre qu’un herl débarrassé de ses barbules et barbicelles). Grace à un de mes montages, vous connaissez le herl de héron, ou bien de corvidé.  Vous connaissez tous un herl de faisan, qui est très utilisé pour faire des corps de nymphes par exemple..

Mais connaissez-vous un vrai herl de vautour, un herl de buse ou encore de chouette, un herl de faisan Lady Amherst, un herl de dindon sauvage, un herl de perroquet ara, rouge ou bleu, un herl de faisan Hooki, un herl de paonne ou un herl de paon (pas obtenu à partir d’une rectrice, mais bien d’une rémige allaire), un herl de pigeon ramier, etc.

Pour beaucoup d’entre vous, je sais que la réponse est non. Pour d’autre, moins nombreux, je sais que vous connaissez au moins les herls d’au moins une des espèces citées ci-dessus.

Alors, pour vous tous, je vais vous montrer ces herls, sur les plumes, d’abord, une fois enroulés sur une hampe d’hameçon, ensuite.

Une fois de plus, cette revue n'est pas exhaustive. Je n'ai de plumes que d'un nombre relativement réduit d'espèce. Ces plumes, je le trouve, en cherchant sur le net. Ebay, oiseaux taxidermisés, etc. Pour les plumes d'espèces CITES (voir en bas de l'article), il n'est pas possible de procéder ainsi. Il faut être à l'affut, mais également savoir ramasser ce que l'on peut trouver.

Méthodologie employée

Afin de pouvoir effectuer une comparaison rigoureuse, j’ai toujours utilisé la même méthodologie.

Hameçon et soie de montage

Pour bien visualiser les différences et les similitudes, je n’ai utilisé que des hameçons droit Dohiku 301, en taille 16. Et je ne vous montre que les corps ainsi fait. De simples mouches tronquées en fait. Mais qui sait, peut-être juste ainsi seraient-elles prenantes….

J’utilise une soie de montage Sheer 14/0, en couleur grise. Le sous corps est fait d’un simple enroulement aller-retour sur la hampe de l’hameçon, enroulements en spires jointives. Le herl est toujours fixé à la courbure par sa base, le système de barbules/barbicelles vers le haut. Je l’enroule en spire jointives autant que faire se peut. Cependant, sur les herls courts et/ou fins, (corneille par exemple), les spires peuvent ne pas être jointives : le herl est en effet trop court/fin pour former un corps suffisamment long pour donner une bonne image. Dans ce cas, je l’ai enroulé en spires non jointives. Malheureusement, la lumière employée (voir ci-dessous) n'est pas forcément la meilleure, et ne permet pas toujours de bien voir ce point.

Lumière

La lumière utilisée est une lumière chaude, qui « dénature » donc un peu les couleurs. Il s’agit d’une lampe 2700K, qui est donc dans les jaunes orangés (voir ce site bien expliqué). J’ai utilisé cette lampe, car c’est simplement ma lampe de montage.

Donc, pour avoir une réelle idée de la couleur d’un corps formé avec un herl, je vous invite à vous référer également à la couleur générale de la plume, ce qui va vous donner une meilleure idée de la couleur générale du herl. Cependant, dans certains cas (vautour, par exemple), la partie lisse de la barbe est notoirement plus claire que la zone avec barbules/barbicelles (ces différences de teintes étant la base de la simulation des corps segmentés). Cette teinte plus pâle ne se voit cependant pas sur la photo de la plume entière.

Matériel photo

Les photos des herls sont prises avec un Sony RX10 III, mode macro et mise au point manuelle, ouverture F3,2, grossissement 15 mm, ISO 160. Elles ne sont aucunement retouchées. Pour les photos plumes entière, je suis passé en mode macro automatique, en 35 mm.

Corps et plumes entières

Toutes les photos de corps formés avec les herls vous sont présentées à la même échelle, vous permettant ainsi une comparaison directe.

Les photos « plumes entières » sont prises avec un repère (règle graduée) pour vous donner une meilleure idée de la taille des plumes (et donc des herls). Il est certain qu’un herl de rémige de paon sera notoirement plus long qu’un herl de rémige d’attaque de colvert. La encore, je vous présente toutes les plumes avec un repère de taille.

Espèces présentées

Les plumes des espèces suivantes et les herls correspondants sont les suivants (selon un ordre alphabétique relatif à l’espèce). Ils sont classés par ordre alphabétique (relatif au nom commun d'espèce).

Je vous présente maintenant les herls des espèces / plumes suivantes :

    • « Aigle » -rémige (espèce non connue, j’ai acheté juste une portion de rémige chez Troutline).
    • Ara bleu – rectrice
    • Ara rouge (?) – rectrice
    • Buse variable – rémige
    • Canard colvert – rémige d’attaque
    • Chouette (effraie ?) – rémige d’attaque
    • Corneille – rémige
    • Cygne – rémige
    • Dinde « mottled » - rémige
    • Dindon sauvage - rectrice (don d’un ami qui se reconnaitra)
    • Dindon sauvage – rémige (don d’un ami qui se reconnaitra)
    • Faisan argenté – rémige
    • Faisan de Colchide – rectrice (don d’un ami chasseur)
    • Faisan Hokki bleu - rectrice ornementale (oiseau taxidermisé acheté sur Ebay)
    • Faisan Hokki bleu– rémige(oiseau taxidermisé acheté sur Ebay)
    • Faisan Lady Amherst – rectrice (plume trouvée dans une ferme animalière du Béarn).
    • Flamant rose – rémige
    • Héron cendré – rémige
    • Héron cendré – tectrice
    • Héron pourpre - tectrice
    • Oie cendrée– rémige.
    • Paon – « sabre »
    • Paon – grande rémige
    • Paon – rectrice ornementale
    • Paonne – rémige
    • Pigeon ramier – rémige
    • Vautour fauve – rémige
    • Vautour fauve – rémige d’attaque

Rémiges et rectrices, perroquet, buse, canard colvert "aigle" et chouette

Herl ara aigle buse colvert chouette mouche fly tying eclosion

Sur ces deux photos, ci-dessus, nous avons clairement un herl court (colvert), et cinq grand herls.

Le herl de rémige de colvert convient relativement mal pour faire un corps de mouche.  Fin, court, il faut le réserver aux hameçon de taille 18 et moins. D'ailleurs, même si c'est assez peu visible sur la photo, il est enroulé en spires non jointives.

Les herls obtenus à partir de rémiges de buse, d'aigle et de chouette sont assez particuliers, dans le sens que leur système d'accroche des barbes (système barbule proximale/barbicelles) est très développé, et que ces barbules et barbicelles sont longs. Par contre les barbules distales lisses  sont très réduites, voir, absentes. Ces barbules proximales avec barbicelles permettent de maintenir l'intégrité des plumes, lors des battement d'ailes puissants, en maintenant les barbes "accrochées" ensembles. Ceci leur permet également d'avoir un vol silencieux (comparer avec le herl de rémige de pigeon ramier, plus bas dans le texte). Ce système d'accroche donne donc un aspect "duveteux" au corps ainsi formé. Il seront donc plus adaptés à la réalisation de corps de mouches émergentes.

Dans le cas de la rémige d' "aigle", on voit clairement (sur le corps de mouche présenté en photo) deux segmentations distinctes: une segmentation très fine, dépassant - en hauteur -  à peine le corps de mouche ainsi formé, et une segmentation beaucoup plus visible, beaucoup plus haute. Ces deux segmentations sont "alternées" le long du corps ainsi formé. En fait, la segmentation "fine" est du à la barbule proximale lisse de la barbe (quasi-absence de barbicelles), alors que la segmentation haute est du à la barbule distale, avec ses barbicelles, comme décrit dans la photo ci-dessous.

aigle herl mouche eclosion fly tying corps body

Enfin, sur les herls obtenus sur les rectrices de perroquets Ara bleu ou rouge les barbes proximales lisses sont très réduites, voir, absentes, et les barbicelles sur les barbes distales sont relativement peu développées. Le résultat sur un corps de mouche est une segmentation bien visible et différentiée, se détachant relativement peu (en hauteur) du corps formé par la barbe.  Ceci est logique, puisque la bonne cohésion des barbes entre elles sur une rectrice a bien moins moins d'importance pour le vol que le maintient de la cohésion des  barbes entre elles sur une rémige. La conséquence directe est que ces herls permettent de simuler une segmentation très nette. Sincèrement, les herls de ces plumes rectrices sont parfaits pour former des corps de mouches sèches et la couleur bleue se retrouve sur ces barbicelles, marquant ainsi très clairement la segmentation lors du montage.

D'ailleurs, voyez ce que cela donne sur une fiche de montage!

Rien que pour le plaisir, je vous à nouveau ces rectrices dans tout ce qu'elles ont d'exceptionnel ...

Ephemere ara mouche fly tying eclosion

Rémiges et rectrices, corneille, dinde/dindon, cygne et faisan argenté

Herl dindon cygne faisan argenté corneille rémige rectrice mouche fly tying eclosion

Pour ces six plumes/herls présentés, deux herls sont assez court: le herl de corneille (enroulements non jointifs), et le herl de rémige de faisan argenté. Dans ce derniers cas, je n'ai, comme vous pouvez le voir sur la photo "plume entière", qu'une petite plume. Ceci expliquant cela, car généralement, la longueur du herl est proportionnelle à la taille de la plume.

Comme vous vous en doutez (même si cela n'est pas évident sur la photo du corps de mouche), le herl de corneille va donner une couleur sombre, noire. Sur un hameçon en taille 18, et même mieux, 20, le corps ainsi formé est vraiment magnifique. La barbule distale avec barbicelles est assez haute, donnant in fine une segmentation assez "floue" (ceci étant du aux barbicelles). La barbule proximale est très réduite (absente?). La hauteur de la barbule distale est égale à la largeur de la barbe (voir photo ci-dessous). Ce herl sera parfait pour monter une émergente, de part une segmentation assez floue qu'il va simuler.

Sur la photo ci-dessous (agrandissement, corps en herl de corneille), l'espace entre deux spires de herl est similaire à la largeur du herl lui même. Les deux losanges rouges figurent la hauteur de la barbule distale (losange vertical), et la largeur de la barbe (losange horizontal). Cette hauteur / largeur est très semblable.

herl corneille detail

Le herl de rémige de faisan argenté va donner un corps très net, très clair (teinte principale blanche/grise très clair, avec un peu de noir (mais très peu). la segmentation ainsi simulée est précise (barbule distale assez peu développée, quasi-absence de barbule proximale).

Un corps fait avec un herl de rémige de cygne va être très semblable, dans ses caractéristiques, à un corps fait avec un herl de rémige de faisan argenté. Comme les rémiges de cygnes sont grandes, les herls seront longs et assez larges. La teinte sera très blanche, et la segmentation précise. En effet, la hauteur de la barbule distale est très faible par rapport à la largeur de la barbe. La barbule proximale est absente. Une grande rémige de cygne se prête à merveille aux teintures, car de couleur blanche

Les herls de rémige et rectrice de dinde/dindon, sont très semblables. Est-ce du au fait que ces oiseaux volent assez peu? Ceci pourrait être une explication. En effet, nous avons vu plus haut que les barbicelles faisaient partie du système d'accroche des barbes entre elles. Si un oiseau vole peu, il n'a pas besoin que ses rémiges soient "renforcées".  Mais ceci est seulement mon hypothèse. Elle pourrait être validée / invalidé par l'observation des barbes de rémiges et rectrices d'espèces d'oiseau qui ne volent pas, je pense au canard Coureur Indien, par exemple.

Grace à la taille des plumes de dindon/dinde, ces herls sont longs (d'autant plus si l'on prend le herl d'une rectrice), mais avec une barbe pas trop large. La barbule distale est bien développée, alors que la barbule proximale est assez courte. Ceci à pour résultat de fournir des corps également assez "flous". Les plumes de dinde sont souvent utilisées comme "substitut de condor". Ce point me laisse un peu dubitatif: en effet les barbes de condor, sont - tout au moins je l'imagine, en comparant avec du vautour - très larges, tout au moins à leur base. Hors, les barbes de dindon/dinde, même près de leur base (près de leur insertion dans le rachis), ne sont pas très développés. Rappelez vous, dans ma méthodologie, j'ai toujours fixé le herl sur la hampe de l'hameçon par sa base. Hors, sur les trois photos de corps faits avec ces herls (spires jointives), on voit bien que la largeur de la barbe n'est pas énorme.

En couleur naturelles (photos des plumes entières), ces herls donnent des teintes beiges/marron, parfaites pour simuler des Ecdyonaurus, des "march brown", et autres petits chironomes (prendre le herl dans sa partie distale pour que la barbe ne soit pas trop large, dans ce cas la).

Rémiges et rectrices, faisan de Colchide, faisan hokki bleu, faisan Lady Amherst, flamand rose et héron cendré

herl relmge rectrice faisan colchide hooki amherst flamant rose heron cendre plume mouche fly tying eclosionHerl faisan colchide hooki lady amherst flamant rose heron cendré mouche fly tying eclosion No.4

Sur cette série, nous avons un herl court et fin, celui de flamant rose.  Une fois de plus, il s'agit d'une petite plume, donc, il ne faut pas généraliser. J'adorerai avoir une grande rémige de cet oiseau...D'ailleurs sur le corps formé avec ce herl, les spires sont à peine jointives, même si cela se voit assez mal sur ma photo. A réserver donc aux petite mouches. Par contre la couleur est vraiment intéressante. La barbule proximale est quasiment absente, alors que le barbule distale est bien développée, avec des barbicelles conséquentes (il s'agit bien d'un herl de rémige). L'impression générale est donc un corps assez "flou".

Même si long (grande rémige), le herl de héron cendré est très fin (barbe très peu large). Sur le corps ainsi formé, les spires ne sont pas jointives, même si la lumière chaude de ma lape rend le visuel difficile. Par contre, la barbule distale présente une hauteur similaire à la largeur de la barbe, alors que la barbule proximale est inexistante. Ceci permet de faire des corps magnifiques pour des toutes petites mouches (hameçon en taille 20, ou 18 - rappelez vous que je me refuse à monter en dessous de la taille 20), comme des moucherons, par exemple, ou bien de petites éphémères de couleur générale sombre. Accessoirement, cela tendrait à infirmer mon hypothèse...

Le herl de rectrice de faisan de Colchide est peu adapté pour une utilisation seul. En effet, dans la majorité des corps fait avec des herls de rectrices de faisan, 3, 4 ou 5 généralement, souvent torsadés sur eux-mêmes. Néanmoins, seul, il peut avoir une utilité pour faire un corps de toute petite mouche, je pense en particulier à de toutes petites émergentes.

Sur la photo "plumes entières", la rectrice du faisan hokki bleu ressemble fortement, dans sa structure (très longs herls indépendants les uns des autres) à une rectrice ornementale de paon (voir ci-dessous). Les herls sont très longs, fins, avec des barbules distales très développées. Nous avons clairement affaire à des rectrice qui ont un rôle ornemental, et non pas un rôle de stabilisation du vol. Les barbes ne sont donc pas liées entre elles par le système d'accroche barbules/barbicelles. Néanmoins, les barbules distales sont très développées. Le résultat est que cela nous donne un corps magnifique, qui, de part son côté "flou", ira à merveille pour des corps d'émergentes. On parle de faisan hokki "bleu", mais cette teinte est surtout valable pour les tectrices. Les herls des rectrices ornementales sont très foncés, presque noirs. Ils sont donc parfaits pour faire des corps de chironomes émergents. Accessoirement, il est facile d'en faire des quills. Les herls de rémige de faisan hokki bleu ont des barbes plus larges, avec des barbule distales moins développées.  Il seront donc mieux adaptés pour faire des corps d'éphémères de plus grande taille. La couleur varie du beige au marron noir, en fonction de la localisation sur la rémige. Ceci laisse donc le choix.

Enfin, les herls de rectrice de faisan Lady Amherst sont très longs, relativement fins, bicolores. L'allure générale d'un corps de mouche fait avec un tel herl est très semblable a celle d'un corps de mouche fait un herl de rémige de faisan argenté (voir pus haut), tant dans sa couleur, que dans sa morphologie (barbule distale assez courte, barbule proximale très peu développée, système de barbicelles assez ténu, ratio longueur de la barbicelle / largeur de la barbe voisin de 1).

Rémiges, tectrices et rectrices, héron cendré et héron pourpre, oie cendrée, et paon

herl remige tectrice rectrice heron oie paon mouche plume fly tying eclosion

Tout d'abord, et pour faire suite au paragraphe précédant, le herl de rectrice de paon est en tout point comparable au herl de rectrice de faisan Hokki. Nous sommes sur des plumes ornementales, plus qu' "utilitaires". Dans les deux cas, les herls sont très long, fin, et nous "soudés" entre eux sur le rachis. le systemèe barbule distante / barbicelles est juste un peu plus développé chez le paon, et surtout, est doté de couleurs irisées, qui font tout l'intérêt des plumes de cet oiseau en flyt tying. Inconvénient: leur très faible flottabilité. Seul, le herl est assez peu utilisé pour faire des corps. Souvent, il est utilisés en spires superposées par 2 ou par 3. (nymphes, thorax, mouches "terrestres"). Par contre, sous forme de quill, c'est un matériel qui à vraiment une place de choix dans le fly tying, pour des corps de mouches sèches, ou de nymphes.

Quill herl rectrice paon mouche fly tying eclosion

Je vous avoue cependant lui préférer un poil de crinière d'élan en lieu et place d'un quill de paon (voir mon article sur les poils longs, et le montage de la Lilou, ou de la Créator. Probablement car le poil de crinière d'élan est extrêmement résistant, une fois humecté.

Je vous montre en détail la grande similitude des herls obtenus à partir de rectrice ornementale de paon, et de rectrice ornementale de faisan Hokki. Dans les deux cas, les herls sont très longs, totalement individualisés le long du rachis. Cette similitude macroscopique se retrouve dans la structure des barbes et de leurs barbules distales/barbicelles. Le paon à cependant un avantage: ses couleurs irisées, inimitables.

 

Rémiges, paonne, pigeon, vautour fauve

herl rémige pigeon paonne vautour mouche fly tying eclosion

Dans cette dernière série (toujours par classement alphabétique sur le nom générique l'espèce d'oiseau), il y a une plume très commune: la rémige de pigeon ramier. A vrai dire, le herl de cette plumes présente assez peu d'intérêt en lui-même: il est petit assez fin. Donc, il vaut mieux le destiner aux petites mouches (sur hameçon en taille 18 et plus petits). D'ailleurs en taille 16, j'ai du faire un corps en spires non jointives. Ceci peut cependant avoir un réel intérêt , car laissant entrevoir la couleur du sous-corps, qui s'il est de couleur claire, permettra d'avoir un vrai contraste avec le gris du herl. Cela  simulera donc parfaitement une segmentation abdominale. De plus, à bien y regarder, la barbule proximale est très réduite, même inexistante, et la barbule distale peu développée, ce qui permet d'avoir une segmentation très nette. En cela, un herl de rémige de pigeon ramier est donc un bon substitut de rémige de héron cendré, et est en définitive  parfait pour réaliser des corps de petites mouches sèches (stade imago).

Les herls de rémiges  paonne sont robustes, assez longs, et d'une très belle couleur havane. Cela les destine tout particulièrement à la réalisation des corps de sedge, et de March Brown. La barbule proximale est inexistante, la barbule distale peu développée. Ceci est compensé par la robustesse de la barbe, assurant ainsi la cohésion globale de la rémige durant le vol. Il est intéressant de noter que la barbe à quasiment la même couleur que la barbule distale. Un très beau herl pour le fly tying.

Ce classement par ordre alphabétique me permet de finir par des plumes rares, a savoir deux rémiges de vautour fauve, dont une rémige d'attaque. Le herl de la rémige d'attaque est très robuste. La barbe a une couleur beige, la barbule proximale est inexistante, et la barbule distale assez réduite. Sa couleur est beaucoup plus foncée. Sur un hameçon en taille 16, il vaut mieux ne pas commencer le corps à partir de la base du herl. En effet, la barbe à sa base est trop large, trop épaisse: le résultat serait un corps avec une segmentation simulée trop lâche. Et l'ensemble serait trop lourd. Pour la photo faite avec ce herl, j'ai donc coupé celui-ci à la moitié environ, et n'ai utilisé que la partie fine. Sa grande longueur le permet. Mais même en procédant ainsi, on voit clairement sur la photo que la segmentation simulée est un peu trop lâche vers l'extrémité de l'abdomen (coté courbe de l'hameçon, donc), ce qui est à l'inverse de ce que l'on voit sur un abdomen de vrai mouche. En effet, la segmentation est plus rapprochée vers son extrémité que vers le thorax.  Un tel herl aura également toute sa place pour réaliser des corps de nymphe. Enfin, pris dans son intégralité,  je pense qu'il pourrait servir à merveille pour faire le corps d'un gros terrestre, comme une imitation de criquet ou de sauterelle. A tester dès que possible!

Par contre, un herl de rémige (non d'attaque)  de vautour est simplement superbe. La barbule proximale bien présente, conjuguée avec une barbule distale pas trop développée, permet de simuler finement une segmentation. Le résultat est un corps superbe. Ce herl est long, ce qui permet de supprimer la base du herl qui reste cependant assez large.  C'est donc ce que j'ai fait également pour le besoin de la photo. Mais plus dans l'objectif de ne pas surcharger en poids la mouche, plutôt que pour éviter d'avoir une segmentation simulée trop lâche. Un tel herl aura également toute sa place pour la réalisation de corps de nymphe.

Plumes et substituts naturels ou synthétiques

Je n'ai jamais eu de herl de condor en main. En regard des dimensions respectable de ce superbe oiseau, j'imagine que ces herls sont larges, longs et robustes. Ils ont surement eu leur "heure de gloire", car nous pouvons trouver dans le commerce de très nombreuses plumes, teintées ou en couleur naturelles, vendues sous l'appellation de "substitut de condor" (Pêchetruite, JMC, etc). D'un point de vue montage, je ne vois pas l'intérêt de qualifier ces plumes de "substitut de condor". Le marketing à donc du, une fois de plus, passer par la. Cependant en regard de la taille supposée de ces herls (en relation avec la taille des plumes - qui sont immenses, ainsi que j'ai pu le voir sur un condor empaillé au muséum d'histoires naturelles de Angers), je doute de leur réelle utilité dans les montages modernes, qui tout au moins en Europe, sont de plus en plus petits.

Naturels, ces substituts sont donc souvent des plumes de dinde, ou d'oie. Pour la dinde, il s'agit souvent de rémiges, ou de rectrices (voir photo plus haut d'une rectrice de dindon sauvage, d'une rémige de dinde, ou de dindon).

Si l'on considère maintenant des herls de vautour, et bien, ils sont plus ou moins utilisables, en fait. En effet, le herl d'une rémige d'attaque est lourd, et la barbe large. Elle peut atteindre 1,5mm environ dans sa plus grande largeur. Si vous destinez ce herl à une mouche en taille 12, ou même 10, cela ira parfaitement. En taille d'hameçon plus petite, et pour avoir une segmentation réaliste (en terme de largeur des segments), vous allez devoir l'enrouler en spires chevauchantes. Et  votre mouche en sera d'autant plus lourde, ce qui impactera sa flottabilité.

En revanche, le herl d'une "simple" rémige de vautour présente une barbe bien moins développée (inférieure à 1 mm). Un tel herl sera donc bien adapté au montage des mouches en taille 16 et 14.

Sur la photo ci-dessous, la comparaison directe met bien en évidence les différences (rémige d'attaque de vautour versus rémige d'oie) et similitudes (rémige de vautour versus rémige d'oie) de largeur des barbes .

Herl vautour oie mouche plume fly tying eclosion

Donc, vous pouvez tout à fait remplacer un herl de vautour par un herl d'oie. Teintes générales très semblables, largeur des herls (des barbes) tout à fait similaires.

herl plume oie vautour fly tying mouche eclosion

Une fois les herls enroulés sur la hampe de votre hameçon, cette similitude entre un herl obtenu sur une rémige de vautour, et un herl obtenu sur une rémige d'oie est également évidente.

herl remige plume vautour oie mouche fly tying eclosion

Donc, une rémige d'oie sera un excellent substitut de rémige de vautour fauve. Et si vous souhaitez des substituts teintés, utilisez une plume d'oie blanche qui prendra très bien la couleur que vous souhaitez, tout en donnant un aspect général du corps tout à fait semblable.

Il existe également des substituts synthétiques de quills. Pourquoi de quills et non pas de herls? Juste parce qu'il s'agit de bandes de manière plastique sur un plan en deux dimensions. (un herl est en trois dimensions, la barbe dans un plan bidimensionnel, et les barbules conférant à l'ensemble une structure tridimensionnelle). Par contre, ces quills synthétiques ont une bordure plus foncée, qui va permettre de simuler cette segmentation de l'abdomen des insectes.

Autant vous le dire tout de suite, j'ai horreur de ces trucs synthétiques. D'autant plus quand on voit la beauté des herls naturels...

J'ai cependant des quills synthétiques de la marque Hemingway's, et d'autre de chez JMC. Les premiers sont autocollants (...), le seconds proviennent d'une marque que je déteste.  Une fois enroulés sur la hampe de l'hameçon (même méthodologie employée que pour les herls naturels), voila ce que cela donne. Et comparez avec des corps faits avec des poils de crinière d'élan. Sincèrement, les poils de crinière d'élan donnent un tellement meilleur rendu, ne trouvez vous pas?

quill naturel synthetique poil crinière d'élan mouche fly tying eclosion

Sincèrement, je trouve que les corps formés avec ces bandes de plastiques sont moches. A titre de comparaison, je vous (re)montre un quill de paon, et un corps de mouche (la Créator, et la Lilou) fait avec un poil de crinière d'élan. Sincèrement, et selon moi, il n'y a pas photo! Les matériaux naturels sont tellement plus beaux (notion très subjective, je le reconnais) que les matériaux synthétiques. Et un corps fait avec un sous corps en soie de montage, cerclé en spires non jointives avec un poil de crinière d'élan, est, selon moi, un summum.

Mais ainsi que me le disait une amie, "chacun ses mauvais gouts".

Un point sur la réglementation

Je ne peux achever cet article sans parler un peu de réglementation. En effet, certaines des espèces dont je vous ai présenté les plumes sont des espèces protégées en France et inscrites dans les annexes de la convention CITES (CITES, 1973). A ce titre, les plumes de ces oiseaux ne peuvent être obtenues que dans des conditions très strictes et parfaitement définies (ce qui est le cas des plumes que je vous présente); Soyez donc extrêmement vigilants sur ce points, et utilisez des "substituts".  Comme je vous le montrais, ces substituts sont vraiment utiles.

 

Voila, j'arrive au terme de cet article. Je vous livre à peu près tout ce que je sais sur ces herls et sur leur utilisation. J'espère que vous aurez pris plaisir à lire cet article. J'espère surtout qu'il vous sera utile.

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2 réponses à “Plumes et herls: petite revue sans prétentions

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