1 / Au fil de l'eau Nouvelles

Hélène Préveraud , une dessinatrice animalière

 

 

 

 

 

Je suis scientifique de formation, et j’ai toujours été attiré par les dessins naturalistes. Plus jeune, alors que je m’adonnais à la botanique, j’adorais scruter ces planches botaniques, où fleurs, plantes, fruits et graines étaient représentées, souvent de manière monochromique, mais avec un immense souci de réalisme et de précision dans le détail. Je rêvais alors de pouvoir acquérir, fou que j’étais, une planche originale d’Audubon, Duruisseau, Bonnier, ou autre grand scientifique dessinateur…

En fait, je n’aime que l’art abstrait, car je trouve que les représentations d’objets, d’animaux, de plantes ou de Nature sont tellement inferieures à ce que l’on peut vraiment voir avec ses propres yeux. Pâles copies… Mais là n’est que mon simple avis personnel.

Mais par contre, de par son souci de réalisme, le dessin scientifique avec sa précision, mais également de par les émotions qu’il est capable de faire naître en moi, est pour moi une forme d’art que j’apprécie vraiment.

Quand Lapoisse nous a parlé d’une dessinatrice animalière (Hélène Preveraud), je suis tout de suite allé voir le site correspondant.

Et la, un très beau moment d’émotions m’attendait : une superbe planche sur Thymallus thymallys. Précision du trait, exactitude de la représentation, choix du sujet et des postures. J’ai tout simplement adoré.

 

De fil en aiguille, je suis rentré en contact avec Hélène Préveraud qui a gentiment et spontanément accepté que j’écrive une petite bafouille à son sujet, et qui a parfaitement joué le jeu des questions / réponses, que je vous livre telles quelles.

Je tiens à préciser que j’ai délibérément choisi de ne présenter que des dessins de poissons, oiseaux, et animaux sauvages. Le registre de Hélène est bien plus vaste, et s’intéresse également aux animaux domestiques, et aux couples  chevaux / Gauchos Argentins.

Bonjour Hélène, pourrais-tu te présenter brièvement, s’il te plait ?

 -“Je suis née et je vis toujours dans le limousin, le plus bel endroit du monde. J’ai 36 ans et je suis accompagnatrice de tourisme adapté, j’accompagne des personnes présentant un ou plusieurs handicaps en vacances. Quand je ne suis pas en déplacement – où que je suis en confinement – je dessine pour passer le temps et j’essaie d’apprendre l’art plus que complexe de la pêche à la mouche.”

 

Comment et pourquoi es tu venue au dessin?

 – “J’ai toujours dessiné, j’ai des souvenirs très précis de dessins faits à l’école primaire… Gamine je ne dessinais que des chevaux, c’était le centre de mon univers, et puis un jour j’ai été inscrite au poney club, puis j’ai eu mes chevaux et fait de très longues études universitaires, j’ai passé des années sans trouver le temps de dessiner. Et puis je m’y suis remise en 2011 au retour d’un voyage au Maroc dont j’avais ramené plein d’images que j’ai eu envie de croquer. Depuis je dessine dès que je peux, parfois beaucoup beaucoup… parfois pas du tout pendant la grosse saison de travail (Mai-septembre). C’est un peu une constante chez moi, j’ai bougé, déménagé, eu des moments plus ou moins faciles dans mes relations humaines, le dessin est l’élément stable si précieux.

Et puis c’est un excellent moyen de faire de belles rencontres.”

 

Quelle(s) technique(s) utilises tu?  Pourquoi celle(s)-ci ?

 – “Je travaille exclusivement au graphite. Pas de peintures, quasiment que du noir et blanc.
Plusieurs raisons, d’abord mon amour pour le dessin strict, pour la technique, pas de couleurs ou de peinture cache misère chez moi. Beaucoup de gens négligent l’apprentissage du dessin et espèrent produire des miracles… il m’arrive de me fâcher tout rouge quand je vois ce que certains affichent pour gagner la course au like sur les réseaux sociaux… J’ai pris des cours de dessin quand j’avais la vingtaine, mon prof me faisait dessiner des pots, pichets, livres empilés… On apprend le dessin par la maîtrise des formes simples, par la géométrisation des formes complexes, pas en s’attaquant directement au portrait ou à l’animalier. Mais dans une société du tout tout de suite…

Ensuite le graphite a le mérite d’être une technique peu coûteuse, facilement transportable (rien de plus simple que de gribouiller dans un carnet), pas trop salissante… tout cela est purement pragmatique pour le coup. Après au fil des années j’ai trouvé quels outils m’allaient bien, j’ai 2 mines et 3 critériums et ma gomme. C’est une approche plutôt minimaliste. Enfin je suis fondamentalement fainéante, ce médium me va bien et « mémère » n’aime pas forcément sortir de sa zone de confort. La couleur est par exemple pour moi un grand obstacle… loin d’être franchi !”

Pourquoi des poissons et des oiseaux ?

 – “On va d’abord rétropedaler un peu.

A la base je ne dessinais que des chevaux. Puis par le biais de rencontres avec des chasseurs, ça a été les chiens, le gibier…

Et voilà comment on arrive aux oiseaux, tout est parti de la chance immense d’avoir été invitée à la chasse au vol par un fauconnier, devenu au fil du temps un excellent ami.

Chez lui, buses à queues rousses, faucons AK… et ses connaissances sur la faune sauvage à plumes… du coup mes premiers modèles à plumes ont été ses merveilleux oiseaux, et je n’ai pas encore croqué tout le monde !

J’aime aussi beaucoup les petits oiseaux du jardin, qui me permettent d’approcher la couleur par touches.

Les poissons c’est une autre histoire. J’ai rencontré il y a maintenant des années, plusieurs pêcheurs à la mouche, plus ou moins célèbres, et plus ou moins enclins à raconter leurs aventures halieutiques. Et de fil en aiguille j’ai mis le pied dans ce milieu ou tout le monde se connaît et où l’apparition d’une fille fait parfois un peu figure d’événement exceptionnel.

J’ai aimé la palm et les poissons à travers les récits et les yeux de personnes que j’aimais. Et je me suis dit pourquoi pas dessiner des écailles. Les premières furent de tarpon. Ce qui est intéressant c’est que de prime abord un dessin de poisson ne passionne pas le grand public, du coup j’ai principalement des retours de pêcheurs, d’hydrobiologistes… et je n’ai pas droit à l’erreur, pour le coup c’est formateur.

Je crois enfin que je dessine des poissons comme je dessinais des chevaux avant de pratiquer assidûment l’équitation : il se peut que le jour où je pêcherai vraiment (s’il arrive), je dessinerai moins de poissons.”

Et si cela n’est pas trop personnel, que t’apporte le fait de dessiner ?

 – “De l’équilibre, une constance dans un monde qui bouge beaucoup, sans cesse, trop vite. Quelque chose qui n’appartient qu’à moi, d’immuable. C’est rassurant pour mon caractère d’anxieuse.

Et puis le dessin m’a offert des moments incroyables, des sélections pour des salons et expos prestigieux (ArtCheval a Saumur entre autres), et puis surtout des rencontres, des artistes, des chasseurs, des pêcheurs, plein de gens merveilleux que j’admire et aime énormément et dont je n’aurais jamais croisé la route…

Pour la petite histoire pour finir, au collège et au lycée je faisais plutôt partie du clan des «nazes», les binoclards, intellos, qui rêvent d’être admis dans les groupes de gens populaires. J’ai eu des moments pas vraiment drôles, même si on était une bande de « ratés » (pour paraphraser Stephen King et sa bande de gamins dans « Ça »), on était une bande solide. Le dessin à l’âge adulte m’a rendue beaucoup plus « cool » aux yeux de beaucoup de gens. C’est un peu une revanche, une gentille revanche j’espère.”

Voila donc en quelques lignes, ce qu’Hélène nous apprend d’elle, de sa technique, et de ce qui l’a amenée à cette maitrise technique et artistique, dont vous pouvez voir quelques exemples dans cette bafouille

Hélène, j’espère seulement que tu auras l’occasion de « pêcher vraiment », sans pour autant abandonner la représentation de cette faune piscicole…et…MERCI  d’être venue sur éclosion !!

Casa

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12 réponses à “Hélène Préveraud , une dessinatrice animalière

  1. Tes dessins sont fantastiques Hélène, je suis complètement d’accord sur la non couleur
    Pour le clan des “nazes” (j’en ai fait parti aussi, mais sans le terme intellos), c’est juste que peu de gens acceptent les personnes différentes, la tolérance c’est pas gagné encore !
    Très bel article Casa,
    Merci à vous deux

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